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carte de franceUNE PRATIQUE DE LA CIRCULATION : LA GUIDE DES CHEMINS DE FRANCE DE CHARLES ESTIENNE Skenazi, CynthiaLa Guide des chemins de France de Charles Estienne constitue un ouvrage particulierement significatif pour observer la facon dont les pratiques quotidiennes du "consommateur", de l'usager anonyme des chemins1 creent une certaine image d'un pays. Le nombre d'editions de ce texte (28 de 1552 a 1568) qui inaugure le genre du guide de voyage commente, montre a quel point l'initiative d'Estienne repondait aux interets d'une societe devenue plus mobile. La parution de La Guide comblait un vide, puisqu'aucune indication routiere n'orientait les marcheurs du temps; le petit format du volume le destinait d'ailleurs a accompagner le voyageur. Publie de facon anonyme, le recensement d'Estienne fait aussitot figure de modele et son influence se marque encore dans la configuration des cartes2. La compilation d'itineraires autour de la France est l'indice d'une standardisation progressive de l'art de se deplacer, mais cette initiative participe aussi au lent mouvement de consolidation administrative et politique qui se manifeste dans la multiplication des commandes royales de releves topographiques et chorographiques de la France au cours du seizieme siecle. A une epoque ou les expeditions vers le Nouveau Monde changent la maniere de concevoir le globe, le projet d'Estienne repond par l'invitation implicite a cultiver le jardin de France. Un jardin dont, malgre son apparente familiarite, les habitants n'avaient pas meme commence l'exploration. A la difference des cartographes royaux, les voyageurs a qui s'adresse La Guide ne sont donc pas les artisans d'une representation spatialisee de la France, mais leurs pas tracent sur les chemins du royaume des reseaux de connexions. Ce sont les implications sociales, economiques et politiques de cet art des textures que je me propose de degager, en prenant pour fil conducteur l'etude des nombreuses allusions au commerce et aux antiquites qui ponctuent La Guide. Dans chacun de ces domaines, l'experience individuelle du voyageur n'est pas en elle-meme symbolique de celle du groupe social auquel il appartient; elle fournit plutot les elements a partir desquels s'elabore la figuration d'une identite nationale (qui, par definition, ne peut etre que collective)-au sens de ce qui unit les membres d'une communaute intrinsequement souveraine et les distingue de leurs voisins3. Comme dans les parcours de pelerinage dont Estienne s'inspire en partie, La Guide des chemins de France presente une gestion fonctionnelle de trajets entre des agglomerations groupees par regions. Chaque toponyme est pourvu d'indications de distances cotees en journees de marche, de la mention de gites, de repues, de courriers, d'informations sur la dimension des agglomerations, sur la presence de chateaux. Les chemins indiques a partir de Grenoble donnent une illustration parmi d'autres de cette perspective: Sainct Laurens ii lieues La Verpiliere bourg i lieues, repue Bourgouyin ville, ii lieues La tour du Pin bourg, ii lieues, gite Chirine i lieue, duche La Meurette duche, lieue Moyrens i lieue Vorepe i lieue Sainct Robert i lieue, repue Sainct Martin duche, lieue Grenoble, ville, chateau, parlement, duche, lieue, (p. 170) Les seuls et vrais heros sont les lieux que les marcheurs decouvrent au cours de leurs parcours. Le guide precede les trajets pour les documenter et, simultanement, les suit, pour en preserver les acquis. C'est la lecture qui devient ainsi l'acte du cheminement, la traversee textuelle servant de support au voyage dans l'espace et inversement. Le marcheur potentiel a qui s'adressent ces indications, n'est qu'un instrument de transmission de donnees spatiales, une instance positionnelle dans l'agencement d'une suite de relais. L'itineraire impose en effet un mode de representation sequentielle du deplacement, selon un principe de juxtaposition de positions dans l'espace qui correspondent au temps de la marche. Chaque endroit cite est un point de depart et d'arrivee. Le texte place le voyage sous le signe de la rupture, alors qu'en realite, le mouvement s'effectue de facon continue, dans l'intervalle qui separe les agglomerations alignees les unes a la suite des autres. Depuis l'Antiquite, c'est l'itineraire qui a donne naissance a la carte4 et les trajets de La Guide peuvent se representer sous la forme de points composant une ligne, puisque la carte fait l'economie de la description. Mais a l'epoque d'Estienne, les cartes de France n'indiquent pas les chemins de facon systematique; sans chercher necessairement a faciliter les deplacements des voyageurs, elles s'adressent plutot a un cercle restreint d'erudits, hommes d'armes et nobles proches de la cour. On peut a cet egard se demander dans quelle mesure elles influencent de facon concrete la vie publique du royaume. A la difference des cartes, le guide d'Estienne envisage l'espace du pays comme un lieu pratique. Cette orientation se marque dans les commentaires qui signalent aux marcheurs les curiosites des environs. L'itineraire a partir de Grenoble reproduit plus haut s'accompagne des notations suivantes: Pour les excellences et antiquitez de ce pays, voy une tour antique a une lieue de Grenoble, au village diet Pariset, que Ion nomme la tour sainct Venim, par ce que nulle beste venimeuse n'y peult demourer vifve, et est ce neantmoins inhabitee. Une montaigne pres du moustier de Clermonst, que Ion diet inaccessible, combien que fort grande, par ce qu'elle est toute de roche vifve, et trop droicte et unie, au dessus de laquelle Ion y voit beau pasturage des autres montaignes. Une fontaine ardente a une lieu pres de Vif, qui est bourg a trois lieues de Grenoble, en laquelle perpetuellement on voit le feu, principalement quand il pleut, et que le temps est couvert, et quelque chose que Ion met au dessus se brusle. Les tinnes de sassonnaige, qui est un lieu cave dans un roch a une lieue de Grenoble, duquel Ion diet quand il est plein d'eaue, l'annee estre mauvaise: et au contraire, bonne : et trouve Ion plusieurs pierres fines au fond desdictes tinnes de toutes couleurs, ayans vertu de guarir de la gravelle, et paille qui entre dans les yeuls. (pp. 170-1) Des sites historiques aux curiosites du paysage et aux vertus therapeutiques des lieux, une remarque sur un endroit succede sans transition a une autre pour en mener a une troisieme qui lui est juxtaposee, etablissant ainsi les etapes obligees de la visite. Le topographe ne doit pas simplement nous convaincre qu'il s'est reellement rendu dans une region donnee (meme si le savoir livresque joue en realite une part non negligeable dans ses releves); son compte rendu vise plutot a nous assurer que si nous allions a Grenoble, nous verrions la meme chose que lui. Le guide rend disponible le resultat "brut" d'observations sur un espace circonscrit. Le laconisme des indications donne le sentiment que rien, pas meme l'ornement rhetorique, ne vient s'interposer au contact immediat avec la region decrite. Chaque breve note contient en germe une histoire en attente, repliee, fragmentaire qui donne au lecteur la possibilite de la completer selon ses propres experiences. Les faits mis en lumiere dans les commentaires ne sont pas des nouveautes, mais l'originalite de la demarche se situe dans le choix volontairement diversifie d'informations qui s'adressent a un ensemble heterogene de marcheurs de classe sociale et de profession differentes (marchands et commercants, hommes d'affaires, artistes, etudiants ou curieux), d'erudition et d'interets disparates. Estienne envisage en effet ses recensements comme une uvre cumulative, ou de nouvelles observations viendront completer les indications presentees. Le texte liminaire de la troisieme edition de La Guide (1553) reclame dans cette optique la collaboration du lecteur et "l'aide de (s)es bons avertissements" pour preciser et adapter les renseignements fournis aux interets du plus grand nombre de voyageurs possibles. Si, comme l'ont note tous les exegetes, le guide de voyage commente inaugure dans ce livre rappelle les listes de miranda des itineraires de pelerinage5, il n'est pas interdit de penser que dans leur conception meme, les indications d'Estienne s'inspirent aussi des ouvrages de lieux communs si repandus au cours du XVIe siecle pour l'adapter a des fins topographiques. On l'a deja observe, les loci communes representent le lexique d'un savoir catalogue et donc fiable, ils s'apparentent a un fichier indexe. Par "lieux communs", les contemporains d'Estienne designent les rubriques (ou tituli) sous lesquelles un lecteur classe des citations6. Cette pratique pedagogique offre aux lecteurs une memoire fertile, un tresor de mots et d'idees pour puiser des arguments et batir un discours. La presentation meme de La Guide des chemins de France confirme d'ailleurs l'interet d'Estienne pour la pedagogie: d'entree de jeu, un index des noms et des abreviations facilitent la consultation de l'ouvrage. Outre sa fonction rhetorique, l'organisation de donnees selon la methode des lieux communs trouve des applications dans de nombreux domaines et particulierement dans les sciences. Le nombre croissant de repertoires, collections, florileges, dictionnaires et d'encyclopedies offrait en effet une maniere de gerer et de presenter de facon efficace une quantite de savoir en expansion constante. Dans La Guide, l'expression de "lieux communs" reprend son acception spatiale, puisque les agglomerations font figure de points de reference -de reperes- pour compiler (et consulter) des informations. La demarche consiste a ancrer litteralement dans le sol du royaume les renseignements relatifs a une localite. L'ambition encyclopedique du topographe va de pair avec la visee pratique d'un ouvrage de forme concise et synthetique: la conception souple et ouverte de l'inventaire permet de reunir sous une meme rubrique des aspects differents concernant un lieu dit et d'ajouter a loisir des particularites supplementaires dans chaque nouvelle edition de La Guide. La Guide rassemble des informations heterogenes (commerciale, historique, archeologique, therapeutique) sur des lieux; les commentaires ne fournissent par consequent que des "materiaux" pour elaborer une representation spatiale du royaume, puisque le livre fait l'economie d'une narration suivie. Quelle que soit la categorie dont elles relevent, toutes les indications repertoriees sous le nom d'une ville ont le meme "statut": la liste exclut, par definition, la notion de hierarchie. L'utilite de la compilation s'allie ainsi au plaisir de sa variete : pour le lecteur comme pour le voyageur qui emporte avec lui le livre d'Estienne, la juxtaposition de donnees heteroclites sur une region s'ouvre a des associations imprevisibles, multiplie les perspectives sur une ville donnee, encourage la decouverte d'aspects inedits d'un terrain que le voyageur croyait a tort bien connaitre. Au fil des itineraires recenses dans le livre, les allusions a un domaine precis de l'experience ou du savoir reparaissent a intervalles irreguliers, tracent des circonvolutions, tissent entre les agglomerations d'autres types de liens, moins evidents que les relations spatiales et qu'il appartient a chaque lecteur de decouvrir au gre de ses interets. C'est pourquoi, des itineraires proprement dit aux commentaires qui les accompagnent, La Guide releve d'une entreprise de connexions entre des domaines differents du savoir et de l'experience, entre des voyageurs de richesse et de statut divers qui parcourent les chemins indiques. La demarche du livre rejoint sur ce point les travaux d'Estienne sur l'anatomie, la biologie et l'horticulture: en topographie comme dans les sciences naturelles, dans chacune de ces disciplines, Estienne s'attache a l'etude d'un type particulier de systeme de communication. Car si rien, dans La Guide, ne se passe, tout par contre, y est invitation au passage. Deplacements de personnes, passages du betail, transports de matieres premieres et de produits regionaux, trajets des courriers et messagers, un mouvement de transhumance parait animer le royaume entier. La rubrique intitulee "Chemins" qui figure en tete des parties consacrees a chaque region, confirme le sentiment que c'est la circulation qui definit les routes de France. Le "conte de Brye ... ha chemins notables pour marchandises, vivres, et discours de pays a autre, entant que par icelle Ion entre en la Champaigne et en la Bourgongne" (p. 40). Les chemins de la Champagne conduisent aux foires et autres negoces (p. 52), ceux de la haute Beauce "sont frequentez pour les foires de grain, boys, et bestiail" (p. 103), et dans le Limousin, les routes servent au transfert du "bestiail" et de la "drapperie" (p. 193), tandis que sur celles du pays de Gastinois circulent "les juridictions" et la nourriture qui alimente la France (p. 93). La lenteur et l'irregularite des transports rendaient leur prix de revient eleve. Une serie de mesures royales indiquent l'importance croissante du probleme de la circulation au cours du XVIe siecle. Depuis le regne de Francois Ier, se poursuivent les travaux de developpement du trafic fluvial en France. Dans le meme sens, en 1508 et en 1535, Francois Ier rappelle aux tresoriers de France le devoir des peagers d'entretenir les chemins. Une vingtaine d'annees plus tard, en 1556, l'etat intervient directement dans le financement du pavage de la chaussee entre Toury et Arthenay, sur la grand-voie de Paris a Orleans. Peu a peu, l'amenagement des chemins entre dans le domaine public: Henri IV cree en 1599 la charge de grand voyer qu'il confie a Sully7. Les deplacements de la cour, la multiplication d'entrees royales au cours du siecle (songeons au grand tour de Catherine de Medicis et de Charles IX) montrent a quel point la mobilite devient une strategie de centralisation politique : dans un pays menace de fragmentation, les Valois misent sur les voyages pour affirmer leur autorite par leur presence. L'utilite d'un reseau de communication efficace se justifie egalement pour d'autres raisons. Pour le particulier comme pour l'ensemble du royaume, une bonne infrastructure routiere et fluviale est une des conditions majeures de la prosperite du pays. C'est aussi en fonction de mesures economiques qui prendront tout leur essor dans les reformes de Colbert, qu'il faut lire les nombreuses allusions de La Guide au commerce. En 1551 (un an avant la publication de la premiere edition du livre d'Estienne), un edit d'Henri II proclame la libre circulation des produits a l'interieur du royaume, a l'exception du grain. L'objectif est d'encourager chacun, selon les termes de l'ordonnance, a chercher "librement son gain de sa terre, de son travail, de son industrie, de son commerce, - pour servir son pays et ses compatriotes grace aux benefices obtenus de la sorte"8. Dans un contexte d'inflation grandissante, le commerce devient un sujet de preoccupation quotidienne, qui deborde le cercle des economistes de formation. Replaces dans ce contexte historique, les commentaires d'Estienne soulignent la force d'une economie regionale integree dans une perspective nationale. Notons-le d'emblee, La Guide ne presente pas a cet egard de conception systematique; Estienne n'y aborde ni les problemes relatifs a la main-d'uvre impliquee dans le processus de production, ni les conflits d'interets possibles entre regions ou entre individus et collectivite. Mais, comme le soulignent les itineraires, il faut des moyens de communication adequats pour tirer parti de ressources dispersees a travers le territoire. La topographie met en valeur la complementarite des ressources de chaque region. Dans sa forme globale, le territoire du royaume represente dans La Guide garde en effet l'aspect du jardin ou du verger fertiles qu'imaginait le Moyen Age finissant9. La breve introduction consacree a chaque region fait invariablement l'eloge de la situation geographique privilegiee des lieux et de la fertilite locale: le Valois "a este ainsi diet a cause des belles et fertiles vallees de ce pays" (p. 10), la basse Picardie contient "une plaine fertile en bleds, et autres fruicts" (pp. 16-7), "la multitude des arbres fruictiers" de la Brie sert d'abri "en temps de pluyes et chaleurs" (p. 39), les fleuves qui arrosent la Champagne rendent la region particulierement prospere (p. 51). Ces topoi sont bien presents dans l'esprit des contemporains: parmi d'autres exemples celebres, Gilles Corrozet les reprend dans la description de ses guides de Paris10, et La Response de Jean Bodin au paradoxe de Monsieur de Malestroit (1568) vante toujours l'opulence d'une France si riche en ressources agricoles qu'elle est le "grenier de tout le Ponant" (p. 35)". Dans La Guide, la legendaire fecondite du jardin de France n'est plus uniquement celle du paradis d'avant la chute que se representait le XVe siecle finissant : son exploitation depend aussi d'un bon systeme de transport permettant d'apporter dans un lieu ce qui manque dans l'autre, pour eviter le danger de disettes locales, et augmenter les ressources nationales. La Guide impose par consequent un point de vue nouveau sur la question du commerce. Au lieu de se placer, comme les edits et les traites d'economie, sur le plan de l'offre et de la demande, le livre aborde les rapports entre production et consommation en termes de circulation des marchandises et de deplacements d'une agglomeration a l'autre. A un type d'economie de nature essentiellement locale, vient s'adjoindre un courant de relations en expansion constante, qui exclut l'autarcie et l'immobilisme, relie les bourgs et les villes du royaume, fait acheter les matieres premieres dans un endroit pour les transformer ailleurs et les vendre plus loin. De telles entreprises supposent un negoce suffisamment important pour mobiliser les capitaux destines aux investissements et aux achats : le credit, l'essor de la banque offrent des methodes de paiement souples et efficaces. Sous le nom de Lyon, La Guide unit en une seule phrase les activites commerciales et bancaires de la ville: "Ville renommee pour les foires, marchandise, et apport de plusieurs nations qui y frequentent, et aussi pour la banque qui s'y exerce" (p. 158). Depuis le Moyen Age, l'essor urbain encourage le commerce. Si le reseau routier est une condition essentielle du developpement des villes, c'est aussi parce qu'il offre une maniere de transcender la division artificielle entre production rurale et transactions urbaines. A l'epoque d'Estienne, le dialogue entre ville et campagne est plus que jamais une necessite de la vie quotidienne. Les agglomerations de La Guide menent le jeu a leur profit, elles constituent des centres regulateurs ou tout afflue et dont tout procede. Ce n'est pas un hasard si Paris constitue le point de depart des itineraires d'Estienne, tout en etant omis de l'ouvrage; le statut politique et administratif privilegie de la capitale du royaume exigeait un traitement a part12. Or une ville aussi peuplee vivait de l'importation d'une enorme quantite de produits des campagnes avoisinantes et des industries regionales. Depuis le regne de Saint Louis, Paris fait partie des circuits du grand commerce europeen13. La ville est reliee a la Manche, sa jonction avec la Flandre et le bassin scaldien est aisee ; Paris est aussi sur le passage des marchands venus du Midi ou de la peninsule iberique qui se dirigent vers le nord ou le nord-est. A la fin du XVIe siecle, Filipo Pigafetta decrit avec admiration la dimension imperialiste du commerce de la ville assiegee par les troupes d'Henri de Navarre : des provisions de toutes sortes venues de differentes regions sont amenees a Paris par bateaux sur la Seine et d'autres fleuves navigables qui abondent en poisson. Outre ces avantages, poursuit Pigafetta, "Paris est entoure des regions les plus fertiles de France" (la Bourgogne, la Champagne, la Brie, le duche de Valois, le Vexin, la Normandie, la region de Chartres, la haute et basse Beauce, le Hurepoix), qui envoient par les fleuves et les routes principales des fruits, de la nourriture et une infinite de marchandises, "sans meme compter ce qui arrive par mer ou par terre d'endroits plus eloignes"14. Le tableau de Pigafetta ne doit cependant pas faire illusion sur la nature plus generale des echanges. La constitution des monarchies a en effet pour base un nationalisme commercial tout autant que politique: elle tend a faire des etats des vases economiquement clos. Dans ce systeme prohibitif, l'ideal consiste a vendre a l'etranger, sans acheter en dehors des frontieres. En 1557, un edit d'Henri II precise a cet egard que le royaume est si prospere qu'il n'a nul besoin des etrangers pour se procurer les denrees de base; la France, ajoute l'edit, peut neanmoins aider ses voisins en exportant le surplus de ses productions. Cette declaration se confirme dans un edit royal en 1572, qui pose la double defense de faire sortir du pays les matieres premieres de produits de manufacture (tels que la laine, le lin, le chanvre) et d'y faire entrer des marchandises faites ailleurs (draps, toiles, velours, tapisserie). Ces interdits sont reiteres en 1583(15). Tous les auteurs du temps soutiennent la politique protectionniste en vigueur. Parmi d'autres exemples notoires, la Response de Jean Bodin au paradoxe de monsieur de Malestroit (1568) propose de reduire l'entree en France de marchandises etrangeres (non sans juger ces apports indispensables16) et suggere parallelement le prelevement d'un impot sur les exportations. De maniere analogue, dans La Guide, les echanges se font implicitement en faveur des habitants de la France: les chemins en bordure des frontieres transportent les produits francais vers l'etranger, alors que les indications d'importations n'apparaissent guere. En Lorraine, note Estienne, il "y a grands chemins qui conduisent aux villes marchandes, pays limitrophes, haultes et basses AlIemaignes. En sorte, que vers les fins dudict pays, se trouvent personnes qui parlent les deux langues" (p. 74). Les chemins de Normandie "sont notables a raison des marchandises qui abordent aux ports de mer" (p. 123). La Provence "a chemins frequentez a raison des limites d'Italie, et ports de mer" (p. 176). L'ouverture du reseau routier du royaume vers les pays limitrophes ajoute de l'espace a l'espace delimite par les frontieres, exprime la puissance du royaume en termes concrets de rayonnement et d'expansion. Cette puissance se concoit non seulement en termes de developpement economique et politique du pays, mais aussi de vocation intellectuelle a l'echelle de l'Europe du nord, puisque les routes vers l'Italie et l'Angleterre mentionnees dans La Guide sont celles qu'empruntaient les livres sortis des presses des Estienne17. De facon emblematique, La Guide s'acheve sur une image d'extension du pays, puisqu'au lieu de ramener le lecteur a Paris -le point de depart des itineraires-, l'ouvrage le laisse a Fontarabie, aux portes de l'Espagne (p. 217). Or la Navarre avait ete au centre des tensions entre Charles Quint et Francois I^sup er^ et avait change au moins quatre fois de main de 1512 a 1521(18). Sans s'assimiler a un texte de propagande monarchique, le livre met en scene des moyens pratiques pour realiser la cohesion (politique, economique, sociale, culturelle) d'un pays compose de territoires qui, dans la plupart des cas, se trouvent reunis a la couronne de France contre le gre de leurs habitants, par les jeux d'alliances et de conquetes. Et par la meme occasion, le recensement des itineraires de La Guide offre aussi une facon d'envisager la politique exterieure de la France sous la forme d'un systeme de relations. Le commerce, observera de facon analogue La Response de Jean Bodin au paradoxe de monsieur de Malestroit, permet de "communiquer et entretenir une bonne amitie" entre la France et ses voisins19. Dans le livre d'Estienne, le balisage du territoire national obeit par consequent a un double mouvement de delimitation et, simultanement, de transgression des limites etablies. A un premier niveau, la description d'ensemble du royaume qui ouvre La Guide s'integre dans une prise de conscience plus large de la propriete privee: des lignes de demarcation definissent la forme spatiale d'une communaute intrinsequement souveraine. Cette volonte de cloture repond implicitement aux menaces d'invasion (que les guerres d'Henri II en Italie et les troubles religieux rendaient bien presentes) en mettant en valeur la situation geographique privilegiee d'un pays qui oppose aux incursions ennemies les barrieres des fleuves et la defense des monts (La Guide, pp. 1-2). Mais les jeux d'exclusion et d'inclusion du trace de frontieres souvent naturelles determinent aussi des operations de jonction: tout processus de bornage implique des zones de contact, et, par consequent des actes de reconnaissance mutuelles avec les regions limitrophes. L'indication du trace des chemins, les commentaires sur les agglomerations, le releve des voies d'eau du pays mettent les concitoyens d'Estienne en possession des ressources du royaume, de l'espace assigne a son existence historique et a son developpement. J'ai artificiellement isole les nombreuses allusions au commerce pour les besoins de l'analyse, mais quel que soit le domaine choisi, La Guide s'ouvre invariablement a une reflexion sur les effets des relations entre les lieux. Cet art des textures se verifie notamment dans les nombreuses references du livre a des sites historiques. La dedicace de 1553 precise a cet egard que les commentaires de La Guide visent surtout a satisfaire l'interet du lecteur "sur le faict des antiquitez (qui plus apparoissent par ce moyen, que par nulle autre chose escripte, s.p.)". La vogue pour le passe romain etait une maniere de repondre aux malaises religieux et sociaux du moment en projetant sur la France l'image mythique d'une Gaule imperiale. Le recensement des antiquites nationales s'ouvrait a une enquete sur le passe du royaume- une enquete qui donnait au voyageur l'experience d'une confrontation physique avec un temps revolu. La contemplation de monuments et de sites romains constituait dans ce sens une introduction a une pedagogie generale du civisme qui mobilisait le sentiment de fierte nationale des contemporains d'Estienne. Un siecle plus tard, le medecin et erudit lyonnais Jacob Spon qui poursuit des etudes sur les inscriptions et monuments greco-romains en Italie et meme en Anatolie, note encore en traversant la Provence: "Notre France meme peut nous fournir de belles pieces, aussi bien que la Grece et l'Italie. On neglige quelquefois ce qu'on a pour courir apres les curiosites etrangeres qui ne valent pas mieux"20. Dans ses Recherches curieuses d'Antiquite, le meme auteur poursuit: "II ne faut pas seulement relever les inscriptions de l'Antiquite paienne [mais aussi] celles de l'histoire de France"21. C'est de cette politique de l'heritage que relevent les fouilles entreprises en France des le regne de Francois I^sup er^, les guides historique du Paris bati de Gilles Corrozet, la multiplication des gravures que Lafrery consacre a des monuments romains tels que le pont du Gard. Au voyage en Italie qui jouissait alors d'un prestige inconteste parmi les Francais passionnes d'histoire romaine, fait concurrence le periple autour de la France, un periple destine a parfaire la connaissance des Anciens22. Face a ses rivaux d'outre les monts, la France renforce ses pretentions tardives a l'heritage imperial par la mise en valeur de son patrimoine bati. Ce type de representation transforme les evenements du passe en spectacles. Les ruines n'attirent pas uniquement l'erudit soucieux de verifier sur place son savoir livresque, elles interessent aussi les voyageurs curieux, dotes de loisirs relatifs et qui ont suivi le cycle en usage des etudes. La mention de sites historiques dans un guide de voyage est en effet l'indice d'une democratisation du savoir. D'une ville a l'autre, le recensement des vestiges rend tangibles la presence des Anciens et de leur action civilisatrice23. A Sens, le voyageur recoit l'avis suivant: " Voy hors la ville les anciens repaires de juIe Cesar, et a la porte d'Yonne une maison qui a pour tiltre Career Caesaris" (p. 42-3). La mention de Provins s'accompagne de l'observation: "Ancienne ville du temps de Cesar, ou y apparoist vestige de chasteau edifie par ledict Cesar, et encor d'autres tours de Cannes. Et est dicte Agendicum" (p. 47). Une indication analogue se lit sous le nom de Langres: "Ancienne ville du temps de Cesar" (p. 69). Meme les toponymes attestent l'anciennete de l'histoire du pays. Des remarques etymologiques empruntees au dictionnaire de Robert Estienne rappellent qu'Angers "est dicte des anciens Andegauum" (p. 119) et que Bourges serait, selon certains, la bourgade Auaricum des Commentaires de Cesar (p. 146). L'aspect esthetique des vestiges ne retient guere l'attention d'Estienne ; le recensement d'edifices et de sites antiques authentifie plutot des temoignages historiques ecrits qui conservent leur autorite. L'auteur entend a cet effet donner des lettres de noblesse a son initiative : des la dedicace, il annonce qu'il a pris pour modele l'itineraire des provinces romaines etabli par Antonin et les cartes de Gaule de Ptolemee. Le releve d'Estienne ne prend cependant toute sa portee qu'en fonction d'expansions futures, le systeme routier et fluvial romain est un modele (technologique, politique, social et economique) a surpasser. Le patrimoine bati du royaume ne fait d'ailleurs que s'accroitre; les commentaires de La Guide incluent ainsi une reference au chateau de Chambord "edifie par le feu Roy Francois" (p. 108). L'architecture contemporaine d'Estienne est deja "historique". Le guide d'Estienne s'integre dans les initiatives d'une bourgeoisie qui manifeste son humanisme civique. Tout au long de la seconde moitie du seizieme siecle, on assiste en effet au developpement d'une certaine idee de progres materiel et intellectuel chez les savants, les architectes, les mathematiciens, les artisans superieurs de Paris. Le critere d'utilite fait disparaitre la distinction entre arts liberaux et arts mecaniques, contribuant ainsi a l'essor de la technologie24. La theorie s'ouvre a des applications pratiques dans des domaines aussi divers que l'architecture et l'alimentation: Philibert Delorme consacre ses Nouvelles inventions pour bastir et a petitz frais (1561) aux manieres de reduire le cout des materiaux de construction; au meme moment, la Response de Jean Bodin au paradoxe de monsieur de Malestroit propose un plan de developpement de la pisciculture pour stimuler l'economie nationale et diminuer la consommation onereuse de buf et de vollaille25. Dans un esprit analogue, l'Agriculture et maison rustique de Charles Estienne (publiee de maniere posthume par son gendre liebaut en 1564) expose des formes de gestion rentables d'une propriete privee qui se fonde sur une etude preliminaire de la composition du sol26. Replacee dans ce contexte, le guide d'Estienne sert sans conteste les interets prives de simples particuliers, mais le voyage y constitue aussi une entreprise a visee civique27. "La geographie", observait deja Strabon, "s'adresse au gouvernement et repond a ses besoins"28. La representation d'un reseau de communications organise dans le royaume fait figure d'operateur de la cohesion sociale. Tout se passe comme si l'auteur eliminait la possibilite de conflits ideologiques et l'intolerance. Quels que soient sa destination et ses motifs, le voyage exige inevitablement le recours aux services d'autrui. La mention de gites et de repues tout au long de La Guide met en evidence la loi generale de l'hospitalite: les villes recensees sont des structures ouvertes, des abris prets a accueillir le marcheur. Rien n'empeche celui-ci de se deplacer en toute liberte ; les dangers des chemins sont a peine evoques. On ne peut s'empecher de noter que si Estienne enregistre les limites des dioceses, il neglige de mentionner les eglises ; mais comment oublier qu'un an avant la publication de La Guide, Robert Estienne, le propre frere de Charles, s'exile de France pour echapper aux accusations d'heresie? De meme, les commentaires de la Guide omettent les chemins des regions rebelles a la couronne (telles que le Languedoc): s'il etait difficile de se renseigner sur leur trace, il devenait aussi dangereux de s'y aventurer. On aurait cependant tort de reduire cette demarche a un mecanisme de compensation. Le projet d'un guide de voyage commente atteste le sens de la responsabilite publique de son auteur, une responsabilite inherente a la profession d'imprimeur. Un temoignage d'Henri Estienne, le fils de Robert et le neveu de Charles, confirme cette orientation culturelle et pedagogique29. Bien que citoyen de Geneve, Henri Estienne dedie sa Precellence du langage francais au roi de France avec les mots suivants: "ceux qui auront veu les escrits de mes pere et oncle, appercevront que ceste ardante affection d'honorer ma patrie m'est tellement hereditaire, que je ne pourrois me la desraciner, sans forligner totalement"30. L'estime dont jouissaient les Estienne se marque dans la protection royale envers leur famille : lorsque Robert se refugie chez Calvin, son titre d'imprimeur du roi est aussitot accorde a son frere Charles. De meme, l'edit de Chateaubriant (27 juin 1551) ordonnait la confiscation des biens des heretiques, mais Charles obtient neanmoins d'Henri II des lettres de remission et de main-levee en faveur des enfants de Robert31. Le projet d'Estienne repondait a la menace de fragmentation du royaume : cette topographie de la France envisagee sous l'angle de la communication et de la circulation offrait une image dynamique - in the making-d'une cohesion et d'une prosperite nationales qui reposaient sur les reseaux d'echanges traces par les pas des marcheurs autour du royaume. La Guide etait un compte rendu de la connexion des personnes, des lieux, des choses : quels que soient leurs statuts, leurs richesses, leurs interets, les contemporains de Charles Estienne vivaient dans un monde ou il devenait de plus en plus difficile d'ignorer ses voisins et de ne pas les croiser. Tout voyageur etait necessairement sur le chemin d'un autre. University of California, Santa Barbara 1. J'emprunte l'expression a Michel de Certeau, Les pratiques du quotidien. L Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 32. 2. Voir sur ce point l'introduction de Jean Bonnerot a l'edition en fac-simile de La Guide des chemins de France de 1553 de Charles Estienne, Paris, Champion, 1936, vol. I pp. 12 sq. Toutes les references au texte d'Estienne sont tirees du second volume de cette edition. 3. Voir sur ce point Benedict Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres, Verso, 1991, pp. 5-6. 4. La Geographie de Ptolemee -dont se reclame le texte liminaire d'Estienne-, etait un recensement de lieux. 5. Voir l'introduction de Jean Bonnerot a l'edition de La Guide, vol. 1, pp. 5sq., et Chantai Liaroutzos, Le Pays et la memoire. Pratiques et representations de l'espace francais chez Gilles Corrozetet Charles Estienne, Paris, Champion, 1998, pp. 137-48. 6. Ann Moss, Printed Commonplace-Books and the Structuring of Renaissance Thought, Oxford, Clarendon Press, 1996; Francis Goyet, Le Sublime du "lieu commun". L'invention rhetorique dans l'Antiquite et a la Renaissance, Paris, Champion, 1996. 7. Pierre Chaunu et Richard Gascon, Histoire economique et sociale de la France, vol. 1, L'Etat et la ville, Paris, PUF, 1977, tome 1, p. 370. 8. Ibid., p. 92. 9. Voir sur ce point, Colette Beaune, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, 1985, pp. 318-323. 10. Gilles Corrozet, La fleur des Antiquitez de la noble et triumphante ville et cite de Paris, fac-simile de l'edition de 1 532 procuree par Jacob, Paris, Willem et Daffis, 1 874, pp. 8, 11, 65 ; Les Antiquitez, chroniques, et singularitez de Paris, ville capitale du royaume de France, avec les fondations et bastimens des lieux : les sepulchres et epitaphes des Princes, Princesses et autres personnes illustres, 2e edition, Paris, Corrozet, 1561 [1562], p. 12 sq. 11. La Response de Maistre Jean Bodin advocat en la cour au paradoxe de monsieur de Malestroit, touchant rencherissement de toutes choses, et le moyen d'y remedier, ed. H. Hauser, Paris, Colin, 1932. Toutes les references a ce texte sont tirees de l'edition de 1568 parue a Paris, chez Martin le Jeune. 12. C'est dans ce sens que Corrozet consacre a Paris seul les guides de monuments historiques cites plus haut. La competition avec l'exemple de Rome, qui suscite de nombreux guides est a cet egard indubitable. 13. Voir Gerard Sivery, L'economie du royaume de Prance au siecle de Saint Louis, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1984, p. 258-9. 14. Pigafetta, "Relation du siege de Paris", ed. A. Dufour, Memoires de la Societe de l'Histoire de Pans, 2 (1876), p. 39. 15. Voir Charles Wolsey CoIe, Irencb Mercantilist Doctrines before Colbert, New York, Octagon Books, 1969, p. 21. Tout au long du XVI^sup e^ siecle, ce protectionnisme se manifeste notamment dans la creation de manufactures subventionnees par l'Etat, destinees a freiner le mouvement des importations en fabriquant sur place des produits (tels que la soie) que l'on faisait venir de l'etranger. Pour les rois, ces manufactures constituaient aussi un moyen de purger les vices engendres par la pauvrete et l'oisivete. Voir P. Boissonnade, Le Socialisme d'Etat. L'industrie et les classes industrielles en Prance pendant les deux premiers siecles de l'ere moderne (1453-1661), Paris, Champion, 1927, pp. 84-9. 16. Cf. cette remarque de La Response: "nous avons affaire des estrangers, et ne scaurions nous en passer", p. 32 de l'edition citee. Le sixieme livre de La Republique de Bodin renforce ce nationalisme, Les six livres de la Republique, texte revu par C. Fremont, M-D. Couzinet, H. Rochas, Paris, Fayard, 1986, VI, chap. 2, p. 63. 17. Voir Elizabeth Armstrong, Robert Estienne Royal Printer. An Historical Study of the Elder Stephanus, Cambridge, University Press, 1954, p. 90 sq. 18. Voir Peter Sahlins, Boundaries : The Making of France and Spain in the Pyrenees, Berkeley, University of California Press, 1989. 19. Ibid., p. 33. 20. J. Spon et G. Wheeler, Voyage d'Italie, de Dalmatie, de Grece et du Levant, fait des annees 1675 et 1676, Lyon, 1678, p. 36. 21. J. Spon, Recherches curieuses d'Antiquite, Lyon, 1683, p. 14. 22. Les recherches se centrent surtout sur les restes de l'antiquite, au detriment des periodes ulterieures et notamment de l'epoque medievale. 23. Voir Frank Lestringant, "Cesar au fil des guides de voyage a la Renaissance (Charles Estienne, Jacques Signot, Jean Bernard)", in Ecrire le monde a la Renaissance. Quinze etudes sur Rabelais, Postel, Bodin et la litterature geographique, Caen, Paradigme, 1993, pp. 71-86. 24. Voir sur ce point, le livre de Henry Heller, Labour, Science, and Technology in Prance, 1500-1620, Cambridge, Cambridge University Press, 1996. 25. Ibid., pp. 37-41. Le developpement de la pisciculture s'inspire des considerations de Guillaume Rondelet. 26. Charles Estienne, L'Agriculture et Maison rustique de M. Charles Estienne, docteur en medecine : en laquelle est contenu tout ce qui peut estre requis pour bastir maison champestre, nourrir et mediciner bestiail et volaille,... Paris, Jacques du Puis, 1564. 27. Cette orientation se manifeste d'emblee dans le choix de la langue francaise qui transcende les differences linguistiques regionales du royaume. 28. Strabon, Geographie, ed. G. Aujac et F. Lasserre, Belles Lettres, 1969, I, I, 2, p. 69. 29. Voir E. Armstrong, op. cit., p. 159. Charles publie des ouvrages de "vulgarisation" de botanique, de medecine, de sciences. 30. Henri Estienne, Precedence du langage francais, ed. Huguet, 1896, p. 2. 31. Voir E. Armstrong, ibid., pp. 215-6. Copyright Romanic Review Jan-Mar 2003 |
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